Page 274 - Il Mediterraneo quale elemento del Potere Marittimo - Atti 16-18 settembre 1996
P. 274
260
LOUIS-EDOUARD ROULET
elle tenait beaucoup à la livraison de ses propres produits, ce qui lui permettait
par le biais du clearing de constituer cles réserves d'argent suisse devenu- ce qu'on
ignore souvent - à l' époque, la monnaie la plus forte du m onde parce que demeu-
rée la plus stable. Ces réserves étaient constituées par les avances de plusieurs cen-
taines de millions de francs concédées par le gouvernement suisse, sous condition
qu'en contre-partie l'ltalie accepte le passage en transit des·biens destinés à la Suis-
se et la mise à disposition cles ports méditerranéens nécessaires. Ainsi par le tru-
chement, non seulement d'un paiement direct cles marchandises italiennes importées
et par l'avance aux autorités de Rome de sommes autorisant dans l'immédiat le
règlement cles produits suisses exportés dans la Péninsule, la Confédération pou-
vait entretenir un ·commerce en Méditerranée, clone disposer d'une voie maritime
qui n'était pas controlée, du moins au début par l'Allemagne.
Dès l'automne 1939, l'Italie mit à disposition de la Suisse les ports de Gene,
Savone, Vado Ligure et Trieste, essentiellement pour le ravitaillement en pétrole.
Par ailleurs, elle offrir l'utilisation d'un importane tonnage de navires s'engageant
à ne pas les réquisitionner en cas de conflit. La promesse était alléchante, mais elle
était faite alors que la péninsule demeurait encore en dehors de la guerre.
Qu'en était-il cles préparatifs entrepris parla Suisse en vue de constituer une
flotte marchande? Fin 1938, avait été créé l'OGT (Office de guerre cles transports),
dont une cles trois sections devait s'occuper du commerce maritime. C'est cee offi-
ce qui prépara les directives données par le Conseil fédéral aux ambassades, à sa-
voir d'entrer en rapport avec les puissances étrangères, afin de signaler l'utilisation
de la mer pour cles transports destinés à la Confédération helvétique ou venus de
celle-ci. Il convenait d'obtenir la garantie d'une sécurité reconnue, l'utilisation de
ports d' embarquement ou de débarquement, enfin le transport terrestre jusque dans
la Confédération. Furent contactés tour à tour la Belgique, la Grande-Bretagne,
la France, l'Allemagna, l'ltalie et les Etats-Unis. Il s'agissait aussi d'obtenir la dési-
gnation sur piace de commissaires de bord, puis de s'assurer, par contrats d'affrè-
tement à terme le tonnage nécessaire et surtout d'adoprer un droit maritime suisse
qui fut reconnu au pian international. Pour un pays peu habitué à ce-genre de dé-
marche, le défi ou le pari appàraissait réel. Il fut honorablement tenu.
Dès la fin 1939, les bateaux loués parla Suisse, fendirent les flots de la Médi-
rerranée. Il s'agissait de 15 batiments grecs appartenant tous à une compagnie pri-
vée la "Retymnis & Kalucundis Ldt". Leur capacité additionnée se montait à 134 450
tonnes. La combustion était pour lO d'entre eux le charbon, ·pour 4 le mazout,
pour un seull'huile diesel. Ils pénétraient dans la Méditerranée vena n t d' Angleter-
re, du Pays de Galles, cles Etats-Unis, d' Amérique du Sud, et débarquaient leur
marchandise ou r embarquaient généralement dans le port de Genes. Tous battaienr
pavillon hellénique, la Grèce au cours de certe première phase étant demeurée neu-
tre. Ventrée .en guerre de ce pays, attaqué par l'Italie, devait naturellement boule-
verser les données du problème. Des 15 bateaux grecs, la Confédération en conserva
10 qui naviguaient en haute mer, mais fut contrainte de céder les autres à la

