Page 309 - Airpower in 20th Century - Doctrines and Employment
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la doCtrine d’emploi des troupes d’aviation suisses durant le xxème sièCle
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et peut être considéré comme du Close Air Support. L’aviation est directement su-
bordonnée au commandant en chef de l’Armée qui l’engage ou en subordonne des
parties à une unité d’armée pour une action bien précise. L’officier d’engagement
d’aviation de l’unité d’armée en question conduit alors les moyens mis à disposi-
tion. Il s’agit alors ici d’une modification puisque l’on renonce à l’éparpillement
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des moyens qui prévalaient encore avant la Seconde guerre mondiale. Cette fois-ci
les moyens sont concentrés dans les mains du commandant en chef.
Dans les années 1950, les troupes d’aviation ne représentent donc pas une com-
posante essentielle dans la conduite du combat de l’Armée suisse. Son développe-
ment va également se trouver ralenti par la Konzeptionsstreit. Il s’agit d’une lutte
livrée entre les partisans de plusieurs doctrines de combat. Dans les grandes lignes,
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les partisans de la mobile defence affrontent ceux de l’area defence : dans le pre-
mier cas, une armée mobile est envisagée pouvant mener un combat mécanisé et
protégé par une aviation de chasse forte, capable d’atteindre la supériorité aérienne,
alors que le second courant demande une armée statique, combattant depuis des po-
sitions fixes et préparées de longue date. Dans ce cas-là, une aviation d’appui suffit
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largement. Cette querelle va produire une indécision quant à l’emploi de l’aviation
et empêcher sa modernisation durant la décennie. D’autres problèmes entravent ce
développement, comme la lutte menée avec les officiers de la DCA, qui prônent le
cantonnement des aviateurs aux missions de CAS afin d’assurer eux-mêmes la dé-
fense de l’espace aérien, ou encore les intérêts relatifs au développement d’avions
helvétiques pour équiper nos troupes d’aviation. 47
De plus, le colonel-divisionnaire Primault, commandant des troupes d’aviation
durant les années 1950, n’a pas de vision clairement établie sur l’emploi opératif
de l’aviation et change souvent son avis quant à l’emploi de l’arme aérienne. Le
commandant de corps Walter Dürig, commandant des troupes d’aviation de 1987 à
1989, évalue les capacités opératives des troupes d’aviation pour les années 1950 et
1960 comme étant « catastrophiquement mauvaises », puisqu’aucun exercice opé-
ratif n’eut lieu avant 1972. Seul un changement à la tête de l’armée, en 1958, avec
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43 Ibid., pp. 35-36.
44 Ibid., p. 37.
45 Ces termes sont intervenus bien plus tard, il n’existait pas sous cette forme à l’époque. Nous les
utilisons pour des vertus de démonstration.
46 Cette description demeure très schématique et succincte. Les différents courants en opposition se
distinguent encore par d’autres caractéristiques, notamment en ce qui concerne les attentes adressées
aux troupes d’aviation. Pour le lecteur intéressé, nous recommandons vivement la lecteur de Braun
Peter: Von der Reduitstrategie zur Abwehr. Die militärische Landesverteidigung der Schweiz im
Kalten Krieg 1945 - 1966. Baden, coll. L’Etat-major général suisse, Vol. X, 2 tomes, hier+jetzt,
2006, p. 1055.
47 Voir Julien grand: N-20 et P-16, les raisons de l’échec d’une industrie aéronautique suisse autonome
1945-1966. Fribourg, travail de licence - manuscrit, 2006, p. 155.
48 Walter Dürig : Die Schweizerische Luftverteidigung in der Mitte des geteilten Europas in De Weck
Hervé [Eds] : La Suisse et la guerre froide 1950-1990. Berne, ASHSM, 2003, pp. 149-182.

