Page 307 - Airpower in 20th Century - Doctrines and Employment
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            la doCtrine d’emploi des troupes d’aviation suisses durant le xxème sièCle


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            ou peu de séance à l’aviation.  Une étude de 1935 sur la question de la protection
            aérienne, rédigée par le colonel EMG Bandi, futur commandant des troupes d’avia-
            tion, est donnée par le chef de l’EMG, le commandant de corps Roost. Celle-ci pose
            comme base la défense aérienne passive élargie par des éléments de défense active.
            L’influence de Douhet est palpable dans cette étude qui veut donner des capacités of-
            fensives aux forces aériennes. Un autre élément indiquant une modification réalisée
            après la guerre apparaît : la concentration des forces est évoquée et non la dispersion
            telle qu’exprimée dans l’Organisation des troupes de 1924. 30
               Ainsi, lorsque la guerre éclate, l’état de préparation est déplorable ; certaines
            escadrilles ne disposent même pas d’avions ! Le Général ne trouve, dans les docu-
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            ments de l’EMG, rien de relatif à l’engagement des forces aériennes.  Le Général
            Guisan apprécie la situation comme un « véritable état de crise » : « La doctrine de
            l’emploi de l’arme manquait : le principal règlement tactique n’était pas élaboré.
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            Les sens et la volonté de collaboration avec les forces terrestres faisaient défaut. »
            Durant la guerre, ce ne sera donc pas la mission qui détermine les moyens mais les
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            moyens à disposition qui donnent les missions!  Avant la prise du Réduit national,
            l’aviation reçoit la mission primaire de couvrir la marche des unités contre les at-
            taques aériennes.  Cet engagement est réglé dans les différents ordres d’opération
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            révisés périodiquement durant la guerre. La prise du dispositif du Réduit modifie
            quelque peu ces missions. D’une arme de sacrifice, l’aviation reçoit la mission de
            couvrir la mobilisation, combattre les troupes aéroportées et de participer au combat
            retardateur avec les brigades légères.  A ce titre, l’organisation est modifiée par la
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            création d’un quatrième régiment d’aviation. De la sorte, chaque corps d’armée dis-
            pose de son régiment. La décentralisation des moyens est donc maintenue. 36
               La Seconde Guerre mondiale voit la naissance du premier règlement d’engage-
            ment des troupes d’aviation,  bien que provisoire. Ce document est plutôt concis
            puisqu’il ne contient que dix-huit pages et est l’œuvre du commandant des troupes
            d’aviation, le colonel-divisionnaire Bandi en 1943. Les tâches dévolues à l’aviation
            sont l’exploration et le combat. Seule la première est prévue au niveau opératif, la
            seconde se déroulant uniquement au niveau tactique. Tous ces engagements sont
            alors menés au profit des troupes terrestres, même la « chasse libre ». La conduite
            du combat demeure néanmoins très aléatoire puisque le règlement prévoit même la



            29   Werner Rutschmann : op. cit., p. 29.
            30   Ibid., pp. 23-28.
            31   Rapport du Général Guisan a l’Assemblée fédérale sur le service actif 1939-1945, Lausanne, Impri-
               meries Réunies SA, 1945, p. 99.
            32   Ibid., pp. 104-105.
            33   Ibid., pp. 109-110.
            34   Hans Senn: Anfänge einer Dissuasionsstrategie während des Zweiten Weltkrieges. Bâle, coll. L›Etat-
               major général suisse, vol VII, Helbling & Lichtenhahn, 1995, p. 96.
            35   Hans Senn: Anfänge einer Dissuasionsstrategie während des Zweiten Weltkrieges, op. cit., p. 324.
            36   Werner Rutschmann: op. cit., pp. 317-318.
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