Page 82 - Conflitti Militari e Popolazioni Civili - Tomo II
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584 XXXIV Congresso della CommIssIone InternazIonale dI storIa mIlItare • CIHm
pres. Héritiers d’une longue tradition guerrière, ils mirent dans le tumulte des combats toute
leur connaissance et firent preuve d’une adaptation remarquable au terrain.
Le destin sépara cruellement ceux qui devaient mourir, et ils furent nombreux, laissant
au loin, dans les montagnes de l’atlas, une veuve qui attend toujours , et ceux qui devaient
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survivre au feu. Ces derniers ont repris le rythme de leur vie dans leur village, comme s’ils
avaient accompli quelque chose de simple, de banal. les seules traces visibles de la guerre
se lisent chez certains qui portent dans leur chair des blessures qui témoignent de ce passé
douloureux. En effet, les soldats marocains ont enduré beaucoup de souffrances: des milliers
de martyrs musulmans reposent en paix dans les nécropoles marocaines et françaises aux
côtés de leurs frères d’armes chrétiens. Les blessés, les infirmes, les « portés disparus » ou
encore les valeureux combattants faits prisonniers sont plus nombreux encore . De surcroît,
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les familles de ces glorieux vétérans marocains souffrent même pendant et après la fin de la
Seconde Guerre Mondiale. De pères ayant été exposés à la mort, aux immenses souffrances
physiques et morales engendrées par le conflit armé, les enfants ayant grandi loin de leur géni-
teur ou encore orphelins dès leur plus jeune âge ne font que survivre aux côtés des leurs dans
des conditions de vie précaires, nous serions plutôt tentée de dire de survie. Nombreux sont
ceux qui ont été, depuis cette guerre meurtrière, à la recherche d’un père ou d’un frère ou en-
core d’un proche ; ils ont vécu des souffrances morales souvent vaines. Imaginez l’état d’âme
d’un(e) Marocain(e) après la perte d’un parent qui n’est jamais revenu de la guerre 39-45.
«Sans son Empire, la France ne serait qu’un pays libéré. Grâce à son Empire, la France
est un pays vainqueur.» Lorsque Gaston Monnerville prononce cette phrase au lendemain de
la victoire sur l’Allemagne nazie, le 25 mai 1945, il résume bien ce que la France doit aux
hommes venus des divers horizons de l’empire, qui, en combattant sous le drapeau tricolore,
ont permis à la France d’être du côté des vainqueurs.
Le Maroc y a laissé beaucoup d’hommes, et en a retiré un bon nombre de veuves, d’or-
phelins et d’infirmes sans compter la venue d’enfants naturels en quête de l’auteur de leurs
jours.
De leur côté, les unités marocaines se retrouvent, à l’instar des autres soldats issus de
l’Empire colonial, tiraillés entre deux légitimités, le gouvernement de Vichy et la France
Libre. D’une part, la loyauté des soldats marocains est incontestable quand ils servent sous
le drapeau du régiment et ses chefs mais sans état d’âme, ainsi que l’attestent les événements
de Syrie, territoire sous mandat français, en 1941. D’une autre part, fidèle, certes, au gouver-
nement légal de la France, celui du maréchal Pétain, Sidi Mohammed ben Youssef honore
cependant ses convictions, celles de refuser tout contact avec les agents allemands ou italiens
à la suite de la défaite française de 1940.
Le régime de Vichy n’a pas épargné également la communauté juive marocaine, compo-
sante de cette société qui va subir, dans une dimension plus large, un traitement qui ne peut
6 « J’attends avec un souvenir qui s’est mis à vivre, avec lequel je partage mes repas et mon lit, avec lequel je
me dispute parfois et me réconcilie... », Bahija Simou - Frédirec Garan – Thierry Dubois, Frères d’armes,
mémoire marocaine d’une histoire partagée, 1999, p.72.
7 « en juin 1940… les troupes marocaines accusent 2100 tués, des milliers de blessés et 18000 prisonniers,
soit plus de 50% des effectifs engagés dans la campagne de France mis hors de combat », selon Ana ! Frères
d’armes marocains dans les deux guerres mondiales, ouvrage de Jean Pierre Riera et Christophe Touron,
publié en 2006.

