Page 84 - Conflitti Militari e Popolazioni Civili - Tomo II
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586 XXXIV Congresso della CommIssIone InternazIonale dI storIa mIlItare • CIHm
formes, dessins, croquis, documentation iconographique ou lieux de mémoire, témoignent de
l’existence d’un héritage historique commun. D’autre part, poésie, roman, théâtre, peinture,
film, constituaient une création littéraire et artistique, inspirée de ces circonstances socio-his-
toriques témoignant ainsi de cette acculturation conséquente. elle a laissé aussi le souvenir
d’une fraternité d’armes, que l’on retrouve dans ces nécropoles où musulmans et chrétiens
reposent côte à côte, dans la mélancolie des grands cimetières.
En effet, elle illustre une histoire partagée concourant aux remaniements du paysage lin-
guistique au Maroc.
Le contact des langues occasionné par la présence notamment de l’armée française sur le
territoire marocain, au cours de la deuxième guerre mondiale, a généré un transfert linguisti-
que très important. Ce processus connu sous des phénomènes divers s’est manifesté dans le
passage de vocables, d’expressions, de pratiques langagières du français à l’arabe dialectal
marocain et inversement. Force est de constater que le nombre d’emprunts et d’interférences
linguistiques générés de part et d’autre, pendant cette période, est très élevé ; on assistera
à l’introduction dans les deux langues, de plusieurs mots ou de locutions toutes entières
avec, bien entendu, les transformations d’ordre phonétique, morphologique et sémantique,
qu’exige le système de chacune des langues en contact .
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Parmi ces mots et ces expressions nous citerons, à titre d’exemple, ceux qui concernent
le champ lexical de la guerre, de l’armement et du maniement des armes. Les combattants
marocains enrôlés dans l’armée française, analphabètes pour la plupart, devaient apprendre
le métier de soldat de la bouche des instructeurs français qui ne parlaient ni l’arabe dialectal
marocain, ni le tamazigh. Les uns et les autres devant communiquer surtout par le moyen du
français, déployaient des efforts considérables pour se faire comprendre.
L’interlangue qui va servir de médium aux instructeurs pour parler aux soldats marocains
et à ces derniers pour communiquer avec leurs instructeurs, donnera naissance à un certain
nombre d’emprunts ; principal processus sociolinguistique par lequel chacune des deux lan-
gues en contact déteint sur l’autre, en y laissant ses empreintes qui vont évoluer avec l’usage
et les circonstances discursives. Il va sans dire que ces mots et ses expressions en passant
d’une langue à l’autre vont subir un certain nombre de mutations sur tous les niveaux mor-
pho-phonologique et sémantique. Ils seront affectés le plus souvent par glissement sémanti-
que ; caractérisé notamment par la péjoration, puisque dans la plupart des cas ces vocables
auront des signifiés autres que dans la langue d’origine. ainsi, clébard, clebs, toubib, bled ou
blédard, n’ont aucune connotation péjorative en arabe ni en dialectal maghrébin, mais une
fois passés dans le français, ils acquièrent un sème négatif qui les fait dévier légèrement de
leur sens initial . Ceci traduit une vision du monde, à travers le point de vue des Français,
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émerge une façon différente de représenter le monde de l’autre : ‘’l’autochtone’’.
La langue cible a souvent tendance à phagocyter les mots empruntés en les faisant obéir
à son système morpho-phonologique ; aussi, les Maghrébins d’une manière générale, pour
s’approprier d’un lexique technique relatif à leur apprentissage, l’assimilent à leur langue
11 Mustapha Seghieri, Contacts des langues entre français et dialectal marocain : approche sociolinguistique
travail en cours de publication.
12 Toutefois, dans la langue française, le mot acquiert un sens particulièrement péjoratif à travers le suffixe
« ard » qui donne un sens plutôt défavorable.

