Page 89 - Conflitti Militari e Popolazioni Civili - Tomo II
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          sorte de farine que l’on cuisine comme du pain », avance l’historien.  Le pain « d’irni » a
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          beau occasionner de redoutables diarrhées, les Marocains persistaient à le consommer pour
          subsister.
             Dans cette même perspective, celle de la survie, il est impératif de citer les plats de ré-
          sistance qu’il fallut inventer en ces temps de pénurie générale : A Oujda, le « tourtou » est
          un pain à base de mélange de racines de plantes ; dans toute la région du Moyen-Atlas et
          de l’Anti-Atlas (dans le Souss), les sauterelles communément appelés « jrad » sont grillées
          pour constituer une nourriture consistante. De ce plat de circonstance vient aux colons l’idée
          ingénieuse d’exporter le cornet de friture de sauterelles. De plus, le « Terda » fut un plat
          souvent servi lors des repas des Marocains ; ce n’était que des miettes de pain sec imbibées
          d’un bouillon aux oignons.
             Le Maroc criant famine, les Marocains émigraient en masse des campagnes vers les cen-
          tres urbains. Des bidonvilles se multipliaient ainsi à la périphérie des métropoles, lieu de dis-
          tribution de rations minimales. Chaque jour, la population défilait longuement et lentement,
          très souvent jusqu’à minuit, devant les magasins de blé, les dépôts de sucre et de thé. Le
          monde rural dépeuplé, ce fut donc une fuite en avant pour pouvoir survivre.
             A l’instar des autres grandes villes Casablanca était devenue un mouroir; des cadavres
          d’individus morts d’inanition jonchant les ruelles des quartiers insalubres donnaient quoti-
          diennement des spectacles atroces. Pire, les cadavres de ceux qui avaient été inhumés avec
          leurs quelques haillons, étaient parfois même dévêtus nuitamment. Nombreuses étaient les
          familles très pauvres qui cédaient leurs propres enfants à des gans aisés en vue d’assurer leur
          survie, quitte à ne jamais les revoir.
              « Des millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont en haillons, habillés de chiffons
          ou de sacs. Ils ne s’agit plus pour eux de se vêtir, mais simplement de ne pas choquer la dé-
          cence ».  Cette circonstance de disette générale a été à l’origine de l’apparition de quelques
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          sobriquets attribués à des Marocains en relation avec la profanation des sépultures tel que
          « Boulaqbour » qui signifie littéralement « Monsieur du cimetière » .
             Par voie de conséquence, « kettan», un mauvais tissu, rêche comme de la toile à bâche,
          investi plus tard dans la confection des sacs de sucre en pain, était l’apanage des gens les plus
          chanceux. Pour coudre et donc raccommoder les habits, l’aiguille devenait une nécessité très
          rare. Selon un communiqué officiel de la municipalité de Rabat d’août 1942, « les aiguilles
          de couture sont disponibles dans les magasins de la Rue des Consuls ».
             Un autre produit, en l’occurrence le savon, était devenu un luxe rare. Mensuellement, le
          Marocain n’avait pas droit à plus de 100 grammes. C’est ainsi que des villageois utilisaient
          du lait de figue cru et séché ou encore le « tighecht», plante saponaire utilisée comme savon
          traditionnel. Mais cela n’empêchait pas la prolifération des poux et des punaises dans une
          population nombreuse et très malpropre. Des maladies voire des épidémies telles que variole,
          peste ou typhus ravageaient le Maroc comme dans le passé. 200.000 décès environ ont été
          enregistrés entre 1940 et 1945. La moitié des médecins militaires en exercice au Maroc avait
          regagné la France en guerre ; il ne restait que 150 médecins et 5000 lits d’hôpital pour une


          21   Boujemaâ Rouayane, l’impact de la contribution marocaine à la deuxième Guerre Mondiale sur la situation
              sanitaire au Maroc, 1989
          22   Barda, journal proche du Parti communiste français de l’époque, dans son édition du 18 janvier 1945.
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