Page 90 - Conflitti Militari e Popolazioni Civili - Tomo II
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592 XXXIV Congresso della CommIssIone InternazIonale dI storIa mIlItare • CIHm
population de 8 millions d’habitants. De plus, les produits pharmaceutiques étaient devenus
rarissimes. Des campagnes de vaccination obligeaient les indigènes à se soumettre à la méde-
cine de prévention comme le cas de Douar Doum à Rabat et Ben Msik à Casablanca.
« Aâm l’boun » fut une époque qui a été dénoncée par plusieurs formes d’expression. La
chanson marocaine a tenté de rendre compte des horreurs de cet épisode tragique. En effet,
des poèmes composés témoignent de l’ingéniosité des tribus de Smaâla et de Bni Khirane
pour fabriquer du détergent. «Aâm l’ajjouaâ» de Nass El Ghiwane illustre aussi cette pénu-
rie. Dans le patrimoine populaire des cheikhate, «aâm lalimane», littéralement «l’année des
Allemands», on perçoit une évocation des morts inhumés sans linceul.
Toutefois, Houcine Slaoui demeure le chanteur parolier qui a su composer un texte qui
peint la ville au Maroc des années 1940, et ce, à travers son chef d’œuvre musical « H’di
Rassek, littéralement «Prends garde !». La chanson retrace les longues files d’attente pour
se procurer du «kettan» à la veille des fêtes religieuses. Mépris du marchand, cynisme des
conjointes, querelles des habitants et autres images sont mis en scène de manière plus réa-
liste.
D’autres répercussions davantage déplorables doivent être notées à la suite de ces mesu-
res draconiennes de réquisition et de restriction conjuguées à la mise en vigueur du sévère
programme de rationnement. Une forte spéculation et une hausse vertigineuse des prix ainsi
que l’apparition du marché noir en ont été la conséquence. La France à beau mettre en œuvre
d’incessantes répressions, elle a éprouvé du mal à combattre ce fléau économique. Les attitu-
des traduisant le mécontentement de la population la plus démunie a conduit à des réactions
plus ouvertes. Tel est le cas de la manifestation des femmes marocaines qui, en marge de la
conférence interalliée tenue en janvier 1943 au quartier d’Anfa, cherchaient à faire part de
leurs doléances au général de Gaulle, chef de la France libre et futur chef du gouvernement
provisoire de la République française. En effet, la valeur du quintal de blé était passée de
1700 francs en mars 1944 à 2500 francs six mois plus tard, tandis que le coût de l’orge triplait
dans les mêmes temps. Cette crise économique se trouva aggravée par la pratique de certains
commerçants en produits de première nécessité de stocker les denrées afin de les écouler au
« marché noir ».
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« Aam alboun » ou « Aam Irni » est désormais un marqueur historique sans conteste,
qui rappelle une période en constituant un repère de datation pour les Marocains : dans une
conversation quotidienne de cette génération, on situe, à titre d’exemple, un événement par
apport à ces années difficiles qui ont marqué la mémoire marocaine. (Les Français parlent de
même de « l’année des rutabagas »). D’ailleurs, le patrimoine musical ne néglige pas cette
circonstance sociohistorique à travers les chants de Houssine Slaoui qui fut le porte parole de
la société de l’époque. Ce chantre de la crise économique qualifie le débarquement des amé-
ricains d’événement salvateur pour une nation en proie à une misère générale. Dans ce sens,
peut on se demander si cette circonstance de débarquement, qui fut un épisode transitoire
dans l’histoire militaire de cette guerre, avait une incidence au niveau politique. autrement
dit, quel fut l’impact politique de la contribution marocaine à la seconde Guerre mondiale ?
23 Maghreb et Al Ouidad, publient à ce propos : « 38 commerçants (19 Européens, 13 juifs et 9 musulmans)
sont condamnés à Rabat pour dissimulation de marchandises.

