Page 88 - Conflitti Militari e Popolazioni Civili - Tomo II
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           l’Histoire du pays, auteur d’une thèse sur « L’impact de la Seconde guerre mondiale sur la
           situation sanitaire au Maroc » soutenue en 1989.
              Ce programme sévère de rationnement a engendré un mécontentement de la population
           autochtone. A l’encontre des Européens, les Marocains ne pouvaient être satisfaits des ra-
           tions de vivres et de tissus si chichement octroyées. Soumis à l’arbitraire des chioukh et des
           moqaddem, les bons étaient délivrés par les autorités locales sans pour autant être à la portée
           de tous les « indigènes ».
              D’une autre part, une véritable pénurie ravage le Maroc de la guerre 39-45. Outre les pré-
           lèvements céréaliers et la cupidité des auxiliaires du Makhzen, la sécheresse qui sévit entre
           1944 et 1945 aggrave la famine et les Marocains ont vécu une disette générale dont la popu-
           lation souffrait jusqu’à mourir de faim. A titre d’exemple, contre quelques bons, les ruraux
           n’avaient droit qu’à une moyenne de 50 grammes de pain par jour. Au sujet de cet aliment
           de base, même les Français du Maroc étaient assujettis à des restrictions très rigoureuses : il
           leur était interdit par une décision de la Résidence de fabriquer du pain de bonne qualité ou
           des pâtisseries ; ils étaient contraints de ne consommer que du pain de 350 grammes, vendu
           alors 24 heures après sa fabrication. Tandis que certains se contentaient des miettes obtenues,
           d’autres devaient cacher le pain reçu contre un bon pour pouvoir rentrer chez eux sans être
           agressés en pleine rue, en ces temps de pénurie générale.
              Le sucre, quant à lui, était rarissime au cours de cette guerre 39-45 ; les quelque 7000
           tonnes produites chaque mois étaient par trop insuffisantes. Il est à rappeler que la Une du
           journal Assaâda faisait mention en 1942 de l’invention en Finlande d’un sucre extrait du
           bois. Succédané de sucre à base de charbon, la saccharine était également autorisée par un
           dahir dès le 30 août 1940. De surcroît, dattes, carottes et betterave séchée répondaient bon
           gré mal gré au besoin de sucrer cette boisson populaire, qui n’était que de la menthe séchée.
           Aux dires du chercheur, le miel était utilisé pour adoucir le thé avant que les instances fran-
           çaises n’en triplent le coût devant une demande croissante.
              De même, au cours de cet épisode historique de privations et de restrictions alimentaires,
           le café était devenu, à défaut de thé, une denrée plutôt mondaine, un signe extérieur de ri-
           chesse. Ce n’est pas un hasard si la population marocaine cite un proverbe qui avait cours à
           l’époque: « un franc (l’équivalent de 0,01 dirham) de café, et c’est tout Oujda qui le sent »,.
           Cela veut dire que l’odeur du café, une fois broyé au pilon (mehraz) avec des pois chiches,
           préparé puis servi à table se répandait dans doute la ville.
              D’autant plus que le citoyen n’avait droit qu’à un peu de légumes et pratiquement pas à
           la viande. C’est ainsi que les Marocains se trouvèrent graduellement réduits à la condition
           de véritables herbivores. De mauvaises herbes comme «guernina» ou la «hemmida», rejoi-
           gnaient les glands et les épinards «bakkoula» pour composer la nourriture quotidienne des
           citadins aussi bien que des ruraux. Sans doute ne faut-il pas omettre d’évoquer «aâm irni»,
           dit littéralement « l’année d’irni », Issu du nom d’une racine végétale désignée sous le nom
           de « pomme de terre beldie »: en cette période de famine des plus dévastatrices, sur les huit
           millions d’habitants que compte alors le Maroc, près de 90% partaient en groupe afin de
           cueillir l’irni. « La plante est lavée et séchée au soleil avant d’être moulue pour obtenir une
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