Page 84 - Airpower in 20th Century - Doctrines and Employment
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            de rejoindre les Britanniques afin de poursuivre la guerre à leurs côtés. D’autant que
            les négociations qui ont été engagées avec les Allemands brouillent les cartes. Si
            Vuillemin a fait passer près d’un millier d’avions de l’autre côté de la Méditerranée,
            c’est certainement pour empêcher leur destruction et leur capture, mais aussi avec
            l’intention bien arrêtée de poursuivre le combat. Le 17 juin, le commandant en chef
            des forces aériennes envisage en effet « une offensive brutale et puissante sur le
            sud de la péninsule italienne, la Sicile et la Libye, après que les forces de bombar-
            dement nécessaires auront été concentrées en Afrique du Nord, sous les ordres du
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            général Bouscat ».  Quelques témoins, dont le commandant Stehlin, chef du groupe
            de chasse III/6, mettront en doute après la guerre une telle intention et accuseront le
            haut commandement aérien d’avoir menti aux pilotes et aux équipages afin d’éviter
            qu’ils ne gagnent Gibraltar ou Malte lors de la grande migration vers l’Afrique du
            Nord. Cet officier écrira : « Le général Vuillemin a-t-il réellement cru, en donnant
            l’ordre (…) que la France pourrait continuer à faire la guerre contre l’Italie, après
            avoir conclu un armistice avec l’Allemagne ? J’aurais dû comprendre que le général
            Bergeret avait signé, pour le commandant en chef et son major général, une mesure
            de précaution contre la tentation d’un atterrissage à Gibraltar. J’ai toujours amère-
            ment regretté de m’être laissé tromper aussi grossièrement ».  Ce jugement a poste-
                                                                  12
            riori manque sans doute de mesure et le général Mendigal, un des collaborateurs les
            plus proches de Vuillemin, le rejettera totalement quand il apportera son témoignage,
            vers la fin de sa vie.
               S’il est un fait avéré, c’est qu’aucun accord n’a été conclu avec l’Allemagne lors-
            que le mouvement commence, le 18 juin. Deux jours plus tard, le colonel Heurtaux,
            un grand as de la guerre 1914-1918, successeur du général d’Harcourt à l’inspection
            de la chasse, dont l’honnêteté et le patriotisme ne peuvent être contestés, informe
            des pilotes réunis à Ussel que la lutte va continuer sur l’autre rive de la Méditerra-
            née, au moins pour l’aviation. En vérité, c’est ce même jour, alors qu’il apprend la
            teneur des discussions préliminaires à l’armistice avec les Allemands, que l’opinion
            de Vuillemin évolue. Le commandant en chef fait alors savoir que, dans le cas où
            l’arrêt des combats inclurait l’Afrique du Nord, il faudrait respecter avec la plus
            grande rigueur les clauses imposées par l’ennemi. « La rupture, du fait de l’armée de
            l’Air, des clauses d’un armistice, précise-t-il, entraînerait inévitablement la reprise
            des hostilités, l’occupation totale du territoire français, la disparition de l’armature
            gouvernementale et, finalement, de la Nation française. Il est inutile d’insister sur les
            conséquences d’une telle hypothèse : elle équivaudrait en fait pour la France à un
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            véritable esclavage ».  Une fois encore, au nom d’une logique de la sauvegarde et
            de la préservation de l’aviation française dont il s’est fait le défenseur zélé, Vuille-

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                Ordre particulier n° 55 du général commandant en chef les forces aériennes, 17 juin 1940, SHD/
               DAA 1D2.
            12
                Stehlin, Paul, Témoignage pour l’histoire, Paris, Robert Laffont, 1964, p. 274.
            13
                Instruction personnelle et secrète pour le général pour le général commandant en cher les forces
               aériennes et les forces terrestres antiaériennes en Afrique du Nord, 20 juin 1940, SHD/DAA 1D2.
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