Page 87 - Airpower in 20th Century - Doctrines and Employment
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l’armée de l’air française faCe aux armistiCes de juin 1940 87
Aussi s’empresse-t-il de prendre des contacts, d’abord auprès de l’amiral Darlan, qui
lui assure que la flotte est prête à marcher, ensuite chez le général d’Harcourt, dont
l’ascendant sur l’aviation de chasse est réel et profond, enfin Vuillemin qui ne le re-
çoit pas mais lui envoie Mendigal et Bergeret. Le premier lui semble résigné à l’idée
d’arrêter la guerre, le second avance qu’il faudra apprendre à « ruser avec l’ennemi
pour tirer le meilleur parti de la défaite ».
Du côté des hommes politiques, le fatalisme domine, hormis chez Georges Man-
del, un des adversaires déclarés de l’armistice, qui paraît intéressé par son projet.
Mieux, l’ancien ministre lui demande de venir à Tours afin d’en discuter : « Le 13
juin, M. Mandel me mande à Tours, où siège le gouvernement. Quand j’y arrive, le
14, le gouvernement a repris la route vers le sud ; il.ne reste plus, dans cette ville déjà
éprouvée par les bombardements, que les échos de conseils suprêmes tumultueux
troublés par des présences indésirables. Enfin, le 15, je rejoins Mandel à Bordeaux.
Dans son antichambre, je croise Jeanneney et Herriot très fermes dans leur opposi-
tion à la capitulation, Kérillis enflammé qui m’embrasse, plus loin, Jean Mistler que
j’ai rencontré quelques jours auparavant, partisan déterminé de la lutte à outrance ;
il me déclare aujourd’hui, avec autant de conviction, qu’il ne peut apprécier la si-
tuation militaire et s’en rapporte à l’avis du maréchal Pétain et du général Weygand.
(…) Voilà Mandel dans son bureau. Il me questionne sur la situation actuelle de
l’aviation et ses possibilités d’emploi en Afrique du Nord ; il me parle de la flotte sur
laquelle il pense que l’on peut compter ; et puis son langage devient violent, il s’in-
digne des projets de capitulation ; il dénonce l’erreur commise en appelant Pétain et
Weygand aux conseils du gouvernement; ses termes sont si crus qu’il est difficile de
les écrire. Quand je lui donne mon opinion dont je peux croire qu’elle reflète encore
celle de la grande majorité des aviateurs et le conjure de continuer la lutte en Afrique
du Nord, son ton change et c’est avec une pointe de découragement qu’il ajoute : « Je
ne peux rien tout seul; un Juif ne peut pas prendre en main, aujourd’hui, les affaires
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de la France. Quant à Reynaud, le fera-t-il ? Je n’en suis pas sûr ».
Aussitôt, le général Vuillemin lui adresse des remontrances, craignant sans doute
qu’une ligne de faille se produise au sein de l’armée de l’Air, avec toutes les consé-
quences tragiques qui pourraient en résulter. Les sanctions ne tardent pas à tomber
puisque La Vigerie est relevé de son commandement par le général Pujo, ministre
de l’Air du cabinet Pétain récemment constitué, et éloigné à la tête des forces aé-
riennes au Maroc. « Mon incertitude ne devait pas être de longue durée ; convoqué
au ministère, je m’y rendis le 20 juin. Le ministre Pujo me fait recevoir par le chef
d’état-major général Picard que je connais de longue date. Celui-ci m’annonce ma
nomination au commandement de la région aérienne du Maroc. Ma visite à Mandel
a troublé certains membres du gouvernement et on m’éloigne; en termes amicaux
mais formels. Picard me conseille de rejoindre mon poste le plus tôt possible et de
me garder à carreau car il a été sérieusement question de m’arrêter. Si je peux garder
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Ibidem, p. 253.

