Page 86 - Airpower in 20th Century - Doctrines and Employment
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            d’un démocrate, il en avait sûrement l’âme. Son erreur principale avant la guerre
            et jusqu’à l’armistice, fut de laisser faire ceux qu’on avait placés sous ses ordres,
            notamment les généraux Tétu et Bergeret, véritables artisans de la défaite aérienne
            ; ce fut ensuite de confondre le patriotisme avec la discipline en ne se révoltant pas
            contre le maréchal Pétain ; toute l’armée de l’Air l’aurait suivi s’il avait, dès le pre-
            mier jour, imité de Gaulle. Mais par tout ce qu’il a fait depuis, le général Vuillemin
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            a su réparer ses erreurs ».  Bouscat lui aussi y va de son discours lorsque, confronté
            aux premières désertions vers Gibraltar, il tance les aviateurs désormais oisifs sur les
            bases d’Afrique du Nord. L’officier général, lui aussi dans le doute, n’en hésite pas
            moins sur l’attitude à adopter : « En fin de compte, je pris la parole. Ma conviction
            ne dut pas paraître très ferme. Manifeste, par contre, fut ma gêne. Je restai dans des
            généralités et ne montrai pas une flamme que je n’avais pas ».  Parmi les pilotes et
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            les équipages encore sous le coup des combats livrés depuis le 10 mai, le méconten-
            tement, voire le désespoir sont en effet palpables. Le commandant Stehlin rapporte
            la colère qui s’empare de tous ses camarades aviateurs lorsque survient la nouvelle
            de l’arrêt des combats avec l’Italie et l’interdiction de prendre l’air qui s’applique
            aux avions déployés sur les terrains d’Afrique du Nord : « La tromperie a été en deux
            parties, d’abord pour nous amener en Afrique du Nord, puis nous réduire à l’immo-
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            bilité, faute de carburant ».
               Une reprise en main est d’autant plus nécessaire aux yeux des chefs qui se sont
            ralliés à la cause de l’armistice et à l’obéissance au pouvoir en place – Pétain est
            alors le président du conseil en titre – que des résistances se dessinent au sein du haut
            commandement aérien. Vers la mi-juin, le général d’Astier de la Vigerie, avouant
            son désarroi mais aussi son désir de continuer la lutte dans l’empire colonial, est
            convaincu que tout est encore possible. A son sens, la plupart des navigants, convain-
            cus que l’armée de l’Air n’a pas été vaincue, sont partisans d’une poursuite du com-
            bat. « L’on répugnait à imaginer qu’une troupe au moral élevé et disposant d’un
            matériel important fût soumise à la dure loi d’une défaite consommée par d’autres,
            explique-t-il. Elle devait échapper à la reddition en se réfugiant en Afrique du Nord,
            d’où elle serait en mesure, avec un ravitaillement minimum, de reprendre ensuite la
            lutte. Encore fallait-il être assuré de la résistance de ce territoire placé sous l’autorité
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            du général Noguès et de l’appoint essentiel apporté par notre flotte ».  A l’instar de
            tous les aviateurs, l’ancien commandant de la zone d’opérations aériennes Nord se
            dit certain que si l’armée de Terre a bel et bien été battue, il n’en est rien de la Ma-
            rine et de l’armée de l’Air qui sont désormais des atouts de première grandeur dans
            l’esprit de ceux qui s’opposent à la solution d’un armistice. Les forces importantes
            réunies en Afrique du Nord lui semblent à la fois prêtes et capables de se battre.


            16
                 Cot, Pierre, Le procès de la République, New York, 1944, pp. 231-232.
            17
                 Bouscat, René, De Gaulle-Giraud, dossier d’une mission, Paris, Flammarion, 1967, p. 7.
            18
                 Stehlin, Paul, op. cit., pp. 277-278.
            19
                 Astier de la Vigerie, François, général (d’), Le ciel n’était pas vide, Paris, 1952, p. 251.
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