Page 379 - Le Operazioni Interforze e Multinazionali nella Storia Militare - ACTA Tomo I
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des troupes blindées. Les idées professées par le général allemand lui paraissent telle-
ment pertinentes – et proches des siennes -, qu’il prépare un article destiné à être publié
dans la revue Les sciences et la vie, début 1937, afin d’en avertir le public français.
Le colonel Vauthier rapporte les écrits de l’officier allemand, mais il transparaît clai-
rement qu’il les fait siens : « Les propriétés des chars seront utilisées à plein. Pour cela,
ils ne seront pas liés à l’infanterie. Même dans le combat en commun, les chars recevront
des directions, des objectifs et des missions, qui ne seront pas nécessairement les mêmes
que ceux de l’infanterie et dépendront surtout de la nature du terrain.
Bien mieux, l’Infanterie et l’Artillerie auront à se modifier pour mieux suivre les
chars et ne plus freiner leur action. Ainsi est sous-entendue cette idée que les engins blin-
dés sont devenus l’arme principale, à laquelle les autres armes doivent plier leur action.
La parade à l’attaque des corps cuirassés ne peut pas consister uniquement en un
système de défense antichar. Le défenseur ne pourra espérer arrêter l’attaque blindée
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débouchant par surprise que s’il dispose, lui aussi, d’unités blindées .» Vauthier pré-
cise que des attaques blindées, appuyées, combinées à des opérations aériennes sont à
redouter.
En 1936, il devient chef d’état-major du maréchal Pétain, puis est désigné pour suivre
les cours du Collège des Hautes Etudes de la Défense Nationale (CHEDN), organisme
récemment créé, dirigé par l’amiral Castex. Vauthier continue à y développer ses théo-
ries – effort sur l’aviation, ministère de la Défense nationale, chef d’état major des ar-
mées - qui ne sont pas du goût de l’amiral, pourtant réputé stratège et homme aux vues
lointaines.
Général en 1937, Paul Vauthier assure successivement le commandement de deux
divisions durant la campagne 1939-1940. Après plusieurs combats, il est fait prisonnier
à Saint-Valery de Caux par le général Rommel. Après cinq ans de captivité très éprou-
vante dans la forteresse de Koenigstein, Paul Vauthier retrouve la France. Agé de 60
ans, il ne peut poursuivre sa carrière militaire et se lance dans les affaires, obtenant une
réussite éclatante. Il réduit son activité à 78 ans et cesse de travailler à 85 ! Il meurt en
1979 à 94 ans.
Par ses écrits, le général Vauthier chercha à faire réfléchir, à susciter le débat. Il com-
prit non seulement que l’aviation allait être l’arme décisive des conflits à venir, mais
aussi la nécessité absolue de revoir l’organisation de la Défense du pays en désignant
un ministre de la Défense nationale, secondé par un chef interarmées. L’homme était un
précurseur de génie, mais comme beaucoup de précurseurs, il resta incompris.
Sa carrière, bien plus complète et complexe qu’exposé ici, permet de mieux com-
prendre les hommes et les évènements de l’entre-deux guerre. Elle amène aussi à se
poser des questions toujours d’actualité, qui ont trait par exemple à la sélection des
élites militaires, aux processus de décisions politico-militaires, aux rapports entre les
responsables politiques et militaires, enfin aux modalités d’identification des ruptures
technologiques.
Ne croyons pas le problème réglé: comment, par exemple, serait accueillie au-
jourd’hui la proposition argumentée d’un officier visant à diminuer le budget de cha-
19 AFV – Paul Vauthier, « Les troupes blindées et leur action en liaison avec les autres armes », 25 janvier 1937.

