Page 19 - Conflitti Militari e Popolazioni Civili - Tomo II
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Le Canada, société non militariste : quelques jalons his-
toriques
ChArLES rhéAUME
Terre immense, le Canada a toujours été sous-peuplé. Voilà qui en fit un pays pratique-
ment impossible à défendre sans des alliances, d’abord avec la Grande-Bretagne, puis les
États-Unis. Étant donné l’absence d’envahisseurs potentiels autres que les États-Unis et à
partir du moment où une paix durable fut assurée au 19 siècle avec ce pays, le Canada a été
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amené à se percevoir lui-même comme une nation non militariste.
l’histoire montre qu’une bonne partie des immigrants qui sont venus au Canada au fil des
décennies fuyaient des pays où la violence d’État avait sévi de façon cruelle et que le Canada
n’était pas véritablement destiné à devenir un foyer de militarisme. Il ne faut cependant pas
croire que l’histoire canadienne a été complètement exempte de violence d’État, l’écrasement
du soulèvement des Métis dans le Nord-Ouest du pays dans les années 1880, par exemple,
étant là pour le prouver. Ce triste épisode est cependant resté jusqu’à nos jours un traumatisme
dans la conscience nationale. S’il est vrai que ceux qui combattirent la dite rébellion furent
décorés par les autorités canadiennes, ils furent aussi les derniers à l’être pour une telle action
de Canadiens à l’encontre d’autres Canadiens. Même des crises nationales majeures comme
celle du séparatisme québécois ayant culminé avec la Crise d’Octobre en 1970, ou encore des
demandes territoriales autochtones au Québec en 1990 ne sont pas reconnues par le gouverne-
ment du Canada comme dignes d’être récompensées pour les militaires qui les ont endiguées.
Si l’on se fie à David Rudd, de l’Institut canadien d’études stratégiques, l’histoire rela-
tivement paisible du Canada a favorisé dans ce pays l’essor d’une culture politique qui met
l’accent sur les libertés fondamentales et la suprématie du droit, équilibre individualisme et
collectivisme, génère un nationalisme modéré et rejette l’aventurisme mélodramatique, et
vise la stabilité sociale. Une telle culture politique a donné naissance à une conception parti-
culière de la sécurité, pragmatique à l’excès, où l’on hésite à agir, teintée d’un anti-américa-
nisme bénin, et vertueuse à ses propres yeux. Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant de
voir l’idée d’appliquer la force militaire rejetée dans la plupart des circonstances. 1
Il ne faut pas se surprendre alors que dans la tradition canadienne, les militaires, qui ont
pour métier de régir la violence d’État, aient été perçus presque avec mépris. “Rares sont
les pays où les chefs militaires et navals ont récolté aussi peu de prestige en temps de paix
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comme de guerre”, commente l’historien militaire canadien Desmond Morton. le compor-
tement distant des Canadiens à l’endroit de leurs militaires aura découlé notamment de cir-
constances historiques où le Canada se retrouvait sur la scène internationale comme un allié
1 David Rudd, “What is the Canadian military? Whatever we want it to be” (communication livrée lors d’une
table ronde organisée par la Canadian Broadcasting Corporation et le Calgary Institute for the Humanities le
16 juin 2005 ; copie en possession de l’auteur).
2 Desmond Morton, Canada and War. A Military and Political History, Toronto : Butterworth & Co. (Canada)
Ltd., 1981, p. 1.

