Page 21 - Conflitti Militari e Popolazioni Civili - Tomo II
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fait un énorme sacrifice en renonçant à la bombe et souligne que les prétentions de supériorité
morale affichées après les faits par certains Canadiens à ce propos suscitent l’agacement sur
la scène internationale. 7
Face aux initiatives de non-prolifération nucléaire, en dépit de quelques occasions où
le Canada a démontré une certaine indépendance philosophique comme lors d’appels au
désarmement nucléaire lancés par le Premier ministre trudeau, le Canada a la plupart du
temps adopté les vues américaines. C’est ainsi qu’il accepta d’imposer des restrictions sévè-
res sur ses exportations nucléaires. Le Canada s’est aussi montré très partial en s’opposant
au développement des programmes nucléaires allemand, soviétique, français, chinois, indien
et pakistanais tout en aidant les Britanniques dans le leur, en fermant les yeux sur le déve-
loppement des programmes israéliens et sud-africains et en s’associant au réseau nucléaire
américain pour contrer les visées soviétiques. 8
deux scorpions face à face… et Le canada au miLieu
L’un des tout premiers événements de la Guerre froide s’est produit au Canada au début
de septembre 1945, lorsqu’un employé de l’ambassade soviétique à Ottawa, Igor Gouzenko,
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passa à l’Ouest et divulgua les noms d’espions soviétiques actifs au Canada. Cela affecta
grandement le capital de sympathie que s’était mérité l’effort de guerre soviétique dans l’es-
prit des Canadiens. Le célèbre écrivain soviétique Ilya Ehrenbourg devait ainsi recevoir des
Canadiens un accueil plutôt tiède lors d’une tournée nord-américaine d’amitié à l’été de
1946. Dans ses reportages pour Izvestia, il blâmerait alors la propagande anti-soviétique
émanant des États-Unis pour une telle réception. Il conclurait cependant en affirmant que les
Canadiens étaient un peuple qui aimait la paix et se montrait dans son ensemble peu sympa-
thique à la propagande anti-soviétique. 10
Le Canada, dans la Guerre froide, s’est rangé du côté des États-Unis et il est évidem-
ment peu contestable qu’il l’ait fait parce qu’il n’avait pas d’autre choix. Il ne pouvait tout
simplement pas être allié de facto de l’Union Soviétique. Certes, le gouvernement canadien
considérait que l’U.R.S.S. était une puissance agressive et expansionniste mais il n’était pas
rare d’y trouver des gens qui pensaient la même chose des États-Unis. S’inspirant d’oppen-
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heimer, le Père de la bombe, on peut dire qu’Américains et Soviétiques étaient comme deux
scorpions l’un en face de l’autre… avec les Canadiens au milieu.
En fait, la perception qu’avait le Canada de la Guerre froide reflétait sa culture politique
propre. Cette perception, par exemple, était compatible avec une méfiance face aux argu-
ments idéologiques et à la formulation de grandioses desseins, un souci de préserver les
institutions reliées au processus politique et de limiter les conflits, tout en privilégiant le
7 Ibid., p. 121.
8 Ibid., p. 510.
9 Andrea Chandler, “A Soviet Writer’s Cold War Impressions of Canada: Ilya Ehrenburg in 1946”, in J.L.
Black et Norman Hillmer, dir., Nearly Neighbours. Canada and the Soviet Union: from Cold War to Détente
and Beyond, Kingston (Ontario) : Ronald P. Frye & Company, 1989, p. 19.
10 Ibid., pp. 26-27.
11 Don Page et Don Munton, “Canadian images of the Cold War 1946-7”, International Journal, Vol. XXXii,
No. 3, été 1977, pp. 585-591.

